L’apôtre Thomas: les yeux inutiles 2e Dimanche de Pâques(Jean 20,19-31)
«24 Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu. 25 Les autres disciples lui disaient: Nous avons vu le Seigneur! Mais il leur déclara: Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas!
26 Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit: La paix soit avec vous!» Tout croyant contracte une triple dette envers l’apôtre Thomas, en d’autres termes, il nous rend un triple service. Il a bien fait d’être absent du groupe des disciples le jour de Pâques… Sans quoi nous n’aurions pas les trois lumières que, par son intermédiaire, la grâce divine nous offre.
La première dette que nous avons envers lui: il inaugure le nombre de celles de de ceux à qui la Résurrection du Sauveur est transmise. Il fait partie, lui, l’un des Douze, de ceux qui reçoivent la Bonne Nouvelle de la résurrection par la parole d’un autre, par la parole d’un témoin, il convient de dire par la parole de l’Église. Il est comme Paul qui dit: «ce que j’ai reçu de la part du Seigneur, je vous l’ai transmis» (1 Co 11,23). Pour nous aussi, les choses de la foi, nous ont été transmises. Et ce n’est pas pour cela que nous sommes moins bien placés!
Le deuxième service que Thomas nous rend: c’est la manière qu’il a de marquer une exigence, celle de garantir l’identité entre le Crucifié et le Ressuscité. Le messager divin dit aux femmes: «Vous, soyez sans crainte! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait» (Mt 28,5-6). Jésus ressuscité n’est pas un double, il n’est pas la réincarnation dans un autre. Non!
Thomas, enfin, rend aux croyants que nous sommes, par la grâce divine, un troisième service: il débusque en nous notre tentation de fixer nous-mêmes les conditions de la foi. Certes, il entend donner sa foi au Crucifié, le même qu’il a connu et aimé, mais qui désormais est un vivant sur qui la mort n’a plus aucun pouvoir, comme dit l’apôtre Paul. Or, il verra bien, car croire c’est voir au-delà et non avec les yeux dont prend soin l’ophtalmologue… Croire c’est voir, après qu’au préalable nous ayons ouvert l’oreille. La vision ne précède pas la foi, même si elle lui sert de cadre. L’audition, l’écoute est la condition du voir. Jésus offre bien à Thomas, comme à nous, ses plaies à voir et à toucher. La foi permet de redire pour nous la parole d’Isaïe, le prophète, entendue le Vendredi saint: «C’est dans ses blessures que nous sommes guéris» (Is 53,5). Il faut remarquer la finesse extrême de la parole évangélique. Jésus s’offre à lui, comme à nous, avec les stigmates de son martyr. Avant même que ses mains aient palpé pour vérifier, il voit le Crucifié ressuscité, puisqu’il lui dit l’une des plus belles confessions de foi de la révélation biblique: «Mon Seigneur et Mon Dieu». Il hérite de la béatitude qui est aussi pour nous, dès que nous accordons notre foi à la parole évangélique: «Heureux ceux qui croient sans avoir vu» (Jn 20,29). C’est donc que le verbe voir ne s’épuise pas dans un voir empirique ou oculaire, mais bien dans la confiance qui s’offre à notre liberté.
Père Philippe Mercier